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Couverture du n° 97 de L'Atelier du RomanL'Atelier du Roman n° 97

À quoi le roman nous relie-t-il?…

 

Ouverture

«À quoi le roman nous relie-t-il?»… Ça a eu lieu à l’Université McGill, à Montréal, l’automne dernier. Nous nous sommes rassemblés à l’initiative d’Isabelle Daunais et grâce au soutien de la Chaire de recherche du Canada sur l’esthétique et l’art du roman dont elle est la titulaire. Je tiens à la remercier d’avoir fait en sorte que nos interventions et nos échanges durant cette rencontre deviennent un ensemble d’écrits atelieresques.

Nous sommes déjà entrés dans l’ère du virtuel. Virtuelles sont de plus en plus les relations humaines, virtuels de plus en plus les déplacements, virtuelles de plus en plus l’histoire et la géographie, de plus en plus l’art, la littérature et jusqu’à la biologie avec ses clones aptes à la vie, virtuelle l’information, virtuelle la sexualité. Le tout virtuel, en un mot. L’unique chose à ne pas demeurer virtuelle : notre mort.
Mohammed Dib, Simorgh, 2003.

Rien ne peut aller mieux pour décrire la quête que nous avons menée à Montréal que le titre générique de la trilogie romanesque de Yannis Kiourtsakis : « Le même et l’autre ». Certes, le même à qui le roman nous relie restera à jamais enfoui dans les insondables profondeurs de la création humaine. Mais, apparemment, il ne refuse pas de se manifester aux interlocuteurs attentifs, chaque fois sous une autre forme.

De toute part on nous entretient de cette méditation de pleine conscience, nous la recommandant en hygiène pour le bien-être ; qui devient une activité de masse en développement personnel, d’adaptation quiétiste aux pressions du régime concurrentiel et aux incertitudes d’un monde en rapide déconstruction. Mais des méditatifs il s’en rencontre de moins en moins, non plus que des pensifs, ou des attentifs, ou simplement des individus qui seraient là en personne.
Dernier Carré, no 2, février 2019.

Nous parlons de nos contemporains, de Paul Auster (Michel Biron), de G. W. Sebald (Denis Wetterwald), de Han Kang (Miguel Gallego Roca), de Michel Houellebecq et d’Elena Ferrante (Francesca Lorandini), de Dominique Noguez (celui qui signe) et de Philippe Renonçay (Olivier Maillart). Ils sont placés sous le regard bienveillant, mais extrêmement exigeant de Flannery O’Connor (Trevor Cribben Merrill et Myrto Petsota), de Molière (Émilie Richard), de Pasolini (Fabrizio Tribuzio-Bugatti) et de Balzac (Yannick Roy). Car si nous ne comparons pas nos œuvres aux réussites du passé, comment pourrions-nous affirmer leur nouveauté ?

Anciens et modernes, tous placés sous le regard humoristique de Sempé. Justice.

Rien ne peut aller mieux pour décrire l’ambiance de cette journée montréalaise que l’adage kunderien à propos de l’Europe de son temps : la plus grande diversité culturelle dans le plus petit espace. Et, fait remarquable, les dix participants, appartenant à six pays différents, ont utilisé le français comme langue de travail.

Et rien n’exlut qu’une rencontre universitaire soit une vraie rencontre d’écrivains. La preuve.

Jan Patocka (Massimo Rizzante) parlait dans les années soixante et soixante-dix de la communauté des « ébranlés ». Il les imaginait disséminés aux quatre coins de la Terre. C’est probablement ce grand philosophe qui a fourni la réponse la plus adéquate à notre interrogation. Ce qui explique sa présence miraculeuse dans ce numéro.

À un mois d’intervalle sont morts deux chers amis et collaborateurs de L’Atelier du roman : Dominique Noguez et Dominique Dussidour – qui était aussi notre correctrice depuis une vingtaine d’années. Nous nous souviendrons toujours d’eux avec affection et reconnaissance.
L. P.