L'Atelier du Roman n° 126
Alphonse Allais par très gros temps
Ce numéro est consacré au grand humoriste Alphonse Allais (1854-1905) parce que, en ces temps d’inquiétudes et d’incertitudes sur tous les fronts, son rire peut nous être bénéfique. Un rire qui n’est ni celui d’un moralisateur, ni d’un persifleur, ni d’un cynique. Alphonse Allais rit avec tout car le monde semble fait de telle manière qu’il nous est impossible, quoi que nous fassions, de dissimuler notre propension au ridicule. Le rire d’Allais n’est pas le contraire du sérieux ; c’est la quintessence de la sagesse. Il nous aide à réfléchir. Et à stimuler notre intelligence qui, comme on le sait depuis Aristote, est la seule intelligence qui rit.
Ce n’est pas un hasard si, par ces « trés gros temps », nous parlons aussi du Brave Soldat Chvéïk de Jaroslav Hašek, de Kaputt de Malaparte et de Solaris de Stanislas Lem. Dans le reste de la matière, on peut lire des pages sur Kafka, Adelheid Duvanel, Milan Kundera et Emmanuel Dongala.
Le décès subit de notre grand ami et collaborateur François Taillandier, au début de cet été, nous a profondément attristé. Nous publions ici sa contribution à l’hommage à Alphonse Allais, ainsi que quelques pages dédiées à sa mémoire.
SOMMAIRE
L'Atelier du Roman n° 126
Alphonse Allais par très gros temps
SOMMAIRE
Ouverture
François Taillandier, Une heureuse rencontre
Pierre Jourde, Pourquoi Allais aujourd’hui ?
Pascal Fioretto, Alphonse Allais et le service à poissons de la gloire
Marin de Tiry, Arrière, cousins !
thierry Gillybœuf, Allais-gories de l’art moderne
Jean Berthier, Allais akbar !
Gérald Sibleyras, À la gare comme à la gare
Alphonse Allais, Histoire peu croyable
Philippe Garnier, L’antidote oublié
Charles Villalon, Et Claude à la bonne paye
Patrice Charrier, Un rire prémonitoire
Cyril de Pins, Allais à l’agrégation
Nunzio Casalaspro, Allais, Mollah, Allais !
Lakis Proguidis, Melancolia
Dates et œuvres
À la une : Olivier Maulin
Critiques
Sylvie Richterova, Le pouvoir et le rire – Hašek, Kraus, Soljénitsyne
Patrick Corneau, La grandeur dans le dérisoire – Adelheid Duvanel, portrait d’une miniaturiste
Raphaël Arteau Mcneil, Une petite phrase du roman – Mal lunée, de Jules Fournier
Mikaël Gòmez Guthart, Stanisław Lem : la littérature comme exploration des ruines
À la une : Yann Brunel
Entretien
François Taillandier – Francesco Forlani
À la une : Yves Lepesqueur
De près et de loin
Adam Thirlwell, Kafka
Massimo Rizzante, Milan Kundera – Encore un testament trahi ?
Reynald Lahanque et François Taillandier, Auctorialités augmentées
Au fil des lectures
Boniface Mongo-Mboussa, Emmanuel Dongala sur les pas de Coltrane
OUVERTURE
L'Atelier du Roman n° 126
Alphonse Allais par très gros temps
La République des Lettres vient de perdre un de ses éminents citoyens : François Taillandier. Il l’a servie pendant un demi-siècle comme romancier, essayiste et chroniqueur. Il a toujours rappelé ses splendeurs. Et il n’a pas hésité, quand il le fallait, à révéler ses défauts et ses bassesses.
Et L’Atelier du roman vient de perdre un de ses plus chers amis et collaborateurs ; fidèle au poste dès les premiers numéros. De surcroît, il a soutenu L’Atelier dans tous ses moments difficiles. Et il y en a eu plusieurs. Mais les plus nombreux, et de loin, c’étaient les moments heureux – fumer, boire et défaire et refaire le monde plusieurs fois dans une nuit. Paix à ton âme, camarade.
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Alphonse Allais (1854-1905) est essentiellement connu pour ses chroniques et ses contes humoristiques. Aussi pour sa présence active dans différents groupes artistiques loufoques de sa « belle époque », comme « Les Fumistes », « Les Hydropathes » et « Les Hirsutes ». Grâce à son esprit ludique et sa plume burlesque, Allais a fait le bonheur non seulement de ses contemporains, mais de tous les gens de toutes les époques. Son rire est éternel. Son rire est le sel en absence duquel nos aliments artistiques, spirituels et intellectuels pourrissent.
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« L’attention est la ressource rare de notre époque. Or cet espace est le seul espace où la littérature du passé peut survivre. », écrit Yann Brunel dans sa chronique. Ce qui peut aussi se lire ainsi : revenir aux œuvres du passé – Patrick Corneau sur Adelheid Duvanel, Boniface Mongo-Moussa sur Emmanuel Dongala et Mikaël Gómez Guthart sur Stanislaw Lem – entretient l’« attention », cette « ressource rare de notre époque ».
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Alphonse Allais peut-il encore nous faire rire ? Ce n’est pas la bonne question. La bonne question est : Pouvons-nous encore rire avec notre monde, avec nos projets et avec notre confiance absolue en la science, comme l’a fait Alphonse Allais en son temps ? Celui qui parcourt rapidement les innombrables écrits d’Alphonse Allais saisit immédiatement ce qui fait sa valeur unique et inimitable. Son rire n’est pas le rire d’un moraliste persifleur, railleur, méprisant. Allais ne prend jamais l’homme de haut. Il est lui-même dans le bateau. Comme nous tous. Il rit de même avec les idiots et les savants, les ratés et les fortunés. Il rit avec lui-même. Son rire est le rire de celui qui sait viscéralement qu’aucune calamité n’effacera chez l’homme la joie de vivre.
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Nous publions, ce qui n’arrive pas très souvent, une excellente petite (par la taille) étude stylistique. C’est une surprenante lecture de l’univers de Kafka signé Adam Thirlwell.
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Aucun écrivain peut-être n’avait autant insisté que Milan Kundera sur la nécessité de respecter l’avis des écrivains quant à ce qu’il devait rester d’eux pour la postérité. Il a été trahi, avant de mourir même (Massimo Rizzante).
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La guerre est partout, et, par conséquent, dans les pages de L’Atelier du roman aussi (Sylvie Richterova, Olivier Maulin).
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La mécanique devint la religion nouvelle et elle donna au monde un nouveau messie : la machine.
Lewis Mumford, Le Mythe de la machine, 1966.
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À François Taillandier nous avons consacré deux numéros. L’un sur Anielka (no 24, décembre 2000) et l’autre sur La Grande Intrigue (no 71, septembre 2012). Nous publions ici son article sur Alphonse Allais – envoyé deux jours avant sa mort subite –, un récent entretien avec Francesco Forlani et un échange épistolaire avec son ami Reynald Lahanque.
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Les plaisirs de la communication sans présence physique sont partout et, par conséquent, dans les pages de L’Atelier aussi (Yves Lepesqueur, Raphaël Arteau McNeil).
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Ce spécial « Alphonse Allais » était une idée de Benoît Duteurtre, pour qui Allais représentait un de ses mentors. Nous avons mis en chantier ce numéro quelques jours avant sa disparition, en juillet 2024. Grâce à la présence assidue de Benoît dans les pages de L’Atelier depuis sa fondation en 1993, on peut dire qu’un peu de l’esprit d’Alphonse Allais circule toujours dans les veines de cette revue.
L. P.
L'Atelier du Roman n° 125
Pourquoi sommes-nous sans nouvelles? - Suite sans fin
Quoique ce numéro porte le même titre que le numéro 121 du mois de juin 2025, il diffère sur l’esprit sous lequel est abordé le fait de la quasi-absence de la nouvelle de notre paysage littéraire. Il y a un an, l’accent était mis sur les conditions pour ainsi dire extérieures qui empêchent la «visibilité» de la nouvelle. Dans ce numéro, le propos concerne l’esthétique de la chose : la plupart des collaborateurs se penchent sur l’histoire et la valeur artistique propre à la nouvelle. Tout naturellement, cet intérêt pour la nouvelle prolonge et enrichit l’intérêt permanent de L’Atelier du roman pour faire dialoguer l’art du roman avec les énigmes du monde actuel. Ainsi, dans le reste de la matière nous parlons des œuvres d’hier (entre autres, Richard Jorif, Leonardo Sciascia, Italo Calvino) et de nos jours (entre autres, Miki Liukkonen, Pia Petersen, Laurent Mauvignier), propices à animer ce dialogue. Et nous parlons aussi d’Eyes wide shut de Stanley Kubrick, un film prophétique sur l’état de notre société d’aujourd’hui.
SOMMAIRE
L'Atelier du Roman n° 125
Pourquoi sommes-nous sans nouvelles? - Suite sans fin
SOMMAIRE
Ouverture
Anne Serre, Le point incandescent d’un drame
Marlène Soreda, Maquette à démonter
Laurent LD bonnet, Une étrange paresse
Yves Lepesqueur, « Pas de nouvelles » ou « bonnes nouvelles » ?
Marie Sellier, Hygiène de la nouvelle
Jean-Jacques Nuel, Questions de longueurs
Dominique Carron, Ce qui importe
Ella Balaert, De l’art du condensé au travail de condensation
Joël Glaziou, Pourquoi pas un petit éloge de la micro-nouvelle
Reynald Lahanque, László Krasznahorkai : l’art de la nouvelle
Olivier Maillart, Does size matter ?
Samuel Bidaud, Pourquoi la nouvelle ?
François Grosso, L’image dans le tapis
Joël Roussiez, La nouvelle et l’actualisme du roman
Bernardo Toro, La Suite – Plaidoyer pour un nouveau genre littéraire
Didier Castelan, Éloge des cerfs-volants
Lakis Proguidis, Cités parallèles
À la une : Théo Ananissoh
Critiques
Baptiste arrestier, D’un abîme à l’autre – O, ou traité universel sur le pourquoi des choses, de Miki Liukkonen
Thierry Gillybœuf, Le Littré et Mai 68 – Pour Richard Jorif
Laurent LD Bonnet, Hurler dans le désert – La Littérature d’ameublement,
de Mathieu Terence
Thomas Arteau, Les femmes et les hommes – La Maison vide, de Laurent Mauvignier
Grégory Rateau, Laboratoire du réel – Dog Fiction, de Pia Petersen
À la une : Trevor Cribben Merrill
De près et de loin
Florent Duffour, Le réel démasqué – Eyes Wide Shut, de Stanley Kubrick
Yann Brunel, À Michèle
Gabriel Boksztejn, La théorie de la moumoute
Au fil des lectures
Massimo Rizzante, Télémaque lit la correspondance Calvino-Sciascia
OUVERTURE
L'Atelier du Roman n° 125
Pourquoi sommes-nous sans nouvelles? - Suite sans fin
Un an après notre numéro consacré à la quasi-absence de la nouvelle dans notre paysage littéraire, voici un deuxième numéro sur le même sujet. La parution du « premier » a donné lieu à un débat public organisé, le 10 juin 2025, à la SGDL autour de notre initiative pro-nouvelle. La manifestation, podcastée depuis, a connu assez de succès pour qu’une suite soit souhaitée. La voilà.
Il ne s’agit pas ici d’un essai pour augmenter le volume de ce qui a déjà été fait. Grâce aux nouveaux participants le regard change de direction. Si, dans un premier temps, on s’était penché sur les conditions pour ainsi dire extérieures qui empêchent la diffusion et l’épanouissement de la nouvelle, le présent numéro met l’accent sur la réflexion concernant la valeur intrinsèque de la nouvelle, son esthétique et ses relations avec les autres arts.
Infinis remerciements à Belinda Cannone pour son aide amicale à élargir la liste des participants.
La nouvelle… S’occuper du sort et de la raison d’être de la nouvelle au moment où le monde s’écroule et les scandales éclatent l’un après l’autre… Eh bien, oui ; à chaque désastre collectif on se pose la même question : à quoi sert l’art ? Maintenant, à rien. Maintenant il est trop tard. Parce que l’art a accompli son œuvre bien avant que le mal ne s’affiche au grand jour. Exemple : Eyes Wide Shut, de Stanley Kubrick (Florent Duffour).
Cela ne signifie pas qu’on trouvera dans la littérature actuelle, pour revenir à nos moutons, des œuvres aptes à nous éclairer sur ce qui nous attend (Laurent LD Bonnet à propos de La Littérature d’ameublement, de Mathieu Terence).
Je ne suis probablement pas le premier à remarquer que dans la conjoncture actuelle, le projet humaniste, univers nouveau qui a commencé d’exister voici un peu plus de six cents ans, et dont le roman est une part essentielle, présente des signes d’épuisement, à moins que notre espèce ne s’apprête à le laisser lentement derrière elle, par désintérêt, aveuglement ou distraction.
Juan Gabriel Vásquez, La Traduction du monde, 2023.
Le projet humaniste. N’oublions pas qu’à l’origine il s’agissait de la relecture des textes anciens. Relecture ne rime pas avec passéisme mais avec dialogue. Les textes anciens n’appartiennent pas au domaine des données figées dans leur temps. Ils n’ont pas été écrits pour alimenter nos machines mais pour parler avec nous, comme cela se fait entre amis, dirait Yann Brunel.
De nos jours, nos « anciens » sont les écrivains d’hier, telle est désormais la force du rejet de tout ce qui vient du passé. Oui, Italo Calvino, Leonardo Sciascia (Massimo Rizzante) et Richard Jorif (Thierry Gillybœuf), c’était encore hier.
Et la guerre est de retour. Après, elle prendra fin et nous dirons « Plus jamais ça ». Et plus tard, le jour viendra où nous lirons La Maison vide, de Laurent Mauvignier (Thomas Arteau) pour comprendre la constance de notre sauvagerie. Ou, peut-être, sur la question de la constance de notre sauvagerie, nous pouvons nous faire une première idée, dès maintenant, grâce à Dog Fiction, de Pia Petersen (Grégory Rateau).
Chaque commentaire sur un roman est aussi l’occasion pour réfléchir sur tel ou tel aspect de l’art du roman. Ce que font ici de manière exemplaire Théo Ananissoh, Baptiste Arrestier et Trevor Cribben Merrill. Savons-nous ce qu’est cet art ? Bien sûr que non. Mais sans l’hypothèse que cet art existe bel et bien, tous nos travaux critiques tomberaient dans le vide et L’Atelier du roman perdrait sa raison d’être.
Rien n’empêche que la réflexion d’un romancier sur l’art du roman soit inspirée de sa propre œuvre (Gabriel Boksztejn).
La nouvelle… S’occuper des énigmes esthétiques, c’est s’occuper des énigmes du monde.
L. P.
L'Atelier du Roman n° 124
Lire et relire Rabelais (IV) – XIIe Rencontre de Thélème
Ce numéro est le fruit de la quatrième et dernière Rencontre de Thélème consacrée au cycle thématique «Lire et relire Rabelais». Les articles publiés dans ce numéro ont été rédigés bien après les discussions qui ont eu lieu à Chinon l’automne dernier. Ces discussions, comme l’indiquait le texte d’appel, devaient «impliquer l’auteur de Pantagruel dans les enjeux et les énigmes de notre monde». Rien d’étonnant alors à ce qu’on trouve dans ces pages des réflexions sur Rabelais associées à des réflexions sur l’IA, les romanciers contemporains, le cinéma, les parcs d’attraction et l’éternel retour des guerres picrocholines. À côté de la matière «rabelaisienne», signalons deux importants articles de fond. Le premier, de Reynald Lahanque, sur Guerre & guerre de László Krasznahorkai (prix Nobel 2025), le deuxième, de Raphaël Arteau McNeil, sur La Fille de Bohême d’Alexandre Papadiamantis. Le reste de la matière (chroniques, critiques et écrits satiriques), en dehors de sa valeur propre, souligne et renforce le caractère cosmopolite et polyphonique de la revue.
SOMMAIRE
L'Atelier du Roman n° 124
Lire et relire Rabelais (IV) – XIIe Rencontre de Thélème
SOMMAIRE
Ouverture
Jacky Vellin, La guerre picrocholine
Massimo Rizzante, Rushdie et les autres réalistes de l’imagination
Stéphane Kerber, Rabelais contre l’intelligence artificielle
Lakis Proguidis, Le style à l’épreuve du romanesque
Isabelle Marrier, De la lecture faible
Olivier Maillart, Corps grotesques, corps burlesques
Jean-Baptiste Para, En compagnie de Rabelais
Charlotte Abramovitch, Sous l’invocation de Rabelais
Andrea Inglese, Rabelais ou le roman comme remplissage du monde
François Taillandier, De l’académisme et de la liberté
Thierry Gillybœuf, On a dynamité Gargantua
À la une : Yves Lepesqueur
Critiques
Reynald Lahanque, L’incertitude, la guerre, la beauté – Guerre & guerre, de László Krasznahorkai
Fabrice Châtelain, Et pourtant l’humain – Les Terres mortes, de Gabriel Boksztejn
Lenka Hornakova-Civade, Et l’histoire de Hašek continue – À bas le pouvoir, Nouvelles satiriques
Juan Asensio, Un grand roman célinien oublié : Les Français de la décadence, d’André Lavacourt
Raphaël Arteau Mcneil, Le roman de l’oubli et des premières fois – La Fille de Bohême, d’Alexandre Papadiamantis
À la une : Marion Messina
Au fil des lectures
Isabelle Daunais, « C’était une belle journée de 1913 »
À la une : Yann Brunel
De près et de loin
Lakis Proguidis, De la langue de bois à la langue à la carte
Patrice Charrier, Bêtise naturelle contre intelligence artificielle
Reynald Lahanque, Intelligence artificielle – poème
OUVERTURE
L'Atelier du Roman n° 124
Lire et relire Rabelais (IV) – XIIe Rencontre de Thélème
Il y a un an, l’« Ouverture » du numéro consacré à la troisième Rabelaisiade commençait ainsi : « Dans ce numéro se côtoient le lointain passé et le proche avenir. Cela commence avec les prouesses de Pantagruel et se termine avec les exploits de Silicon Valley. » Le hasard a voulu que nous nous trouvions aujourd’hui dans la même situation : ce numéro commence par nos souvenirs des géants d’antan et s’achève avec une réflexion (Patrice Charrier) et un poème (Reynald Lahanque) sur l’intelligence artificielle.
★★★
Lire et relire Rabelais. Quatrième et dernière Rencontre de Thélème consacrée à ce sujet. À partir de cette année nous inaugurons un nouveau cycle : « L’intelligence romanesque ».
★★★
Je tiens à remercier la Région Centre-Val de Loire, la Communauté de communes Chinon Vienne et Loire et l’association Autour de Babel. C’est grâce à leur soutien que les Rencontres de Thélème ont été reconduites d’année en année. Je tiens aussi à remercier Denis Wetterwald, Michel Garcia et Françoise Bergot pour leur aide inappréciable à l’organisation de cette Rencontre.
Les textes publiés ici furent rédigés bien après la discussion qui a eu lieu à Chinon l’automne dernier.
★★★
Thierry Gillybœuf n’a pas été l’un des participants de cette Rabelaisiade. Mais c’est comme s’il y était : par le passé, il a participé à deux autres Rabelaisiades et n’a cessé à aucun moment de s’y intéresser. Il a alors été tout à fait naturel que nous l’invitions pour conclure cette aventure par un article exceptionnel !
★★★
La raison d’être de L’Atelier du roman, ne l’oublions pas, est de promouvoir un dialogue esthétique autour de l’art du roman. Ce que fait de manière exemplaire Isabelle Daunais dans sa chronique. Et les autres chroniques ? Si elles parlent ici des musées (Yves Lepesqueur), plus loin de l’amour (Marion Messina) et plus loin encore de l’intelligence artificielle (Yann Brunel), sont-elles, ces chroniques, également accordées à la basse continue de la revue ? Bien sûr. Il faut de tout pour parler de l’art en général et du roman en particulier.
★★★
Vingt années se sont écoulées depuis la mort de Philippe Muray. Un vide que rien ni personne ne saurait combler. Tu es parti là-haut, cher Philippe, en amenant avec toi Homo festivus. En nous laissant, ici-bas, en compagnie de son double : Homo bellicus.
★★★
Ce n’est pas seulement Rabelais qu’il faut lire et relire, il y en a tant d’autres. Tant d’autres comme, par exemple, Jaroslav Hašek (Lenka Hornakova-Civade). Sans parler de ces grands qu’il faut arracher de l’oubli, comme par exemple André Lavacourt (Juan Asensio) et Alexandre Papadiamantis (Raphaël Arteau McNeil).
★★★
Dans Le Prosne du ioyeulx curé de Meudon, il [Balzac] s’amuse même à le faire surgir en personne, comme personnage, à la cour du roi Henri II, où il lui fait raconter une aventure inédite de Gargantua. Ce n’est plus Rabelais, alors, qui entre dans la gorge de Pantagruel, c’est Balzac qui parle de Gargantua par la bouche de Rabelais. On peut regarder cette espèce de ventriloquie comme un des grands moments de l’histoire du roman.
(Philippe Muray, « Un passeport pour la pensée », L’Atelier du roman, no 5, hiver 1995.)
★★★
Et comme cela se doit, un atelier est ouvert aussi bien à l’œuvre d’un écrivain qui vient de recevoir le prix Nobel (ici, Reynald Lahanque écrit sur Guerre et guerre, de László Krasznahorkai) qu’à un premier roman, ici Les Terres mortes, de Gabriel Boksztejn (Fabrice Châtelain).
★★★
La langue et encore la langue (celui qui signe).
★★★
Infinis remerciements à Pascal Ruiz. Sa performance à la clôture du Thélème 2025 a été un éblouissement. Il a récité en entier le prologue de Pantagruel. Un miracle. Ne le ratez pas : ICI
L. P.
L'Atelier du Roman n° 122
André Dhôtel – Monde plein d’étincelles
Il serait difficile de trouver parmi les romanciers français du siècle dernier un romancier dont l’œuvre résonne en nous si proche et si étrange comme celle d’André Dhôtel (1900 – 1991). C’est peut-être parce que Dhôtel nous parle du sentiment de l’émerveillement. Un sentiment qui nous a été familier en tant qu’êtres humains depuis la nuit des temps et qui ne subsiste plus que sous les traits d’une profonde nostalgie. Dhôtel, par son immense œuvre (romanesque, poétique et essayistique), nous rappelle qu’aucune puissance ou science n’arrivera à éliminer le noyau dur de l’humain. S’émerveiller, semble suggérer Dhôtel, n’est pas seulement faire de la philosophie mais vivre le monde comme création. Dans ce numéro, Dhôtel revient en force (avec une quinzaine d’hommages), entouré d’illustres confrères comme Stendhal, Vargas Llosa et Ishiguro et, aussi, des critiques et des chroniques en léger décalage par rapport à l’air du temps.
SOMMAIRE
L'Atelier du Roman n° 122
André Dhôtel – Monde plein d’étincelles
SOMMAIRE
Ouverture
Sylvestre Clancier, Approche de la lumière
Yves Lepesqueur, La conjuration des vivants – L’Honorable Monsieur Jacques
Philippe Blondeau, Faux héros, vrais personnages
Denis Grozdanovitch, Un anarchiste paisible
Peter Handke, Postface à la traduction de Bernard le paresseux
Florent Duffour, Une voie désaffectée de l’ère du soupçon – Le Train du matin
Patrick Pluen, Les merveilles de l’égarement
Jean Pierre Vidal, Les formes de vie à l’œuvre
Cécile A. Holdban, Régionaliste de l’imaginaire
Joël Roussiez, Pays natal, un art étonnant de l’infini romanesque
Jean-Claude Pirotte, Pli perdu
Michel Lamart, Lorsque tu reviendras – Un renoncement au roman ?
Joseph Soletier, Il n’y a rien dans la pensée
André Dhôtel, Biologie et politique
Eryck de Rubercy, Chemins qui mènent partout
Boniface Mongo-Mboussa, Les mots nus : Jaccottet et Dhôtel
Lakis Proguidis, S’émerveiller sans entraves
Dates et œuvres
À la une : Yann Brunel
Critiques
Charles Villalon, L’agneau qui n’enlève pas la beauté du monde – Klara
et le soleil, de Kazuo Ishiguro
Raphaël Arteau Mcneil, Un essai éblouissant – La Beauté du roman, d’Isabelle Daunais
Alexandre Jordeczki, Les fantômes de Jean-Pierre Martinet
Baptiste Arrestier, Sur la trace de l’esprit – Lucien Lewen, de Stendhal
Massimo Rizzante, Vargas Llosa et Madame Bovary – Post mortem
À la une : Yannick Roy
Au fil des lectures
François Taillandier, Dans le jardin aux sentiers qui bifurquent
À la une : Marion Messina
OUVERTURE
L'Atelier du Roman n° 122
André Dhôtel – Monde plein d’étincelles
On dirait qu’André Dhôtel (1900-1991) a écrit pour surprendre son monde. Il n’y a pas chez lui, comme l’exigeait son époque, la moindre trace d’avant-gardisme de bureau et encore moins le moindre indice permettant de l’intégrer dans le grand canon de « Flaubert – Proust – Céline ». Pourtant, c’est pour André Dhôtel que Jean Paulhan disait : « La postérité, malgré ses célèbres caprices, rangera un jour [ses] livres au seul rang qu’ils méritent : le premier. »
C’est Yves Lepesqueur qui a eu l’idée d’un numéro dédié à André Dhôtel. Infinis remerciements pour ses conseils, ses suggestions et son aide dans toutes les parties de cet hommage à un romancier qui ne ressemble à aucun autre.
En considérant l’œuvre de Dhôtel dans son immensité, ce qui étonne, ce qui fait sa beauté exceptionnelle, c’est le mariage insolite du fabuleux avec le banal et du miracle de l’amour et de la nature avec le train-train de la vie. Peut-on dire aujourd’hui que Paulhan a vu juste ? Qui sait ? Les voies de la création sont obscures. Elles ne s’illuminent qu’au fur et à mesure que les œuvres concernées entrent en dialogue avec notre monde.
C’est peu dire que Dhôtel a écrit des romans : il a créé un peuple.
Le romancier porte en lui son identité historique comme une inacceptable limitation, une claustrophobie de l’imagination, de la conscience. Il aspire par tous ses pores à sortir de ce Royaume du Je, par tous ses pores, c’est-à-dire, par tous ses personnages.
Romain Gary, Pour Sganarelle, 1965.
Un grand merci à Yann Brunel. Il a accueilli avec plaisir la sollicitation de faire partie de nos chroniqueurs. Il est l’auteur de deux romans qui s’éloignent complètement des sentiers battus, Homéomorphe et Quatre ou cinq vies d’Illya Grisov.
Les essais littéraires se font rares. Et encore plus rares sont les essais littéraires consacrés exclusivement à l’esthétique du roman, comme La Beauté du roman d’Isabelle Daunais, dont parle Raphaël Arteau McNeil dans ce numéro.
« Dans le jardin aux sentiers qui bifurquent », intitule François Taillandier sa chronique. Ne sommes-nous pas dans un tel jardin quand il s’agit de l’histoire de l’art du roman ? Une histoire universelle qui continue à s’écrire et dont chaque numéro de L’Atelier du roman représente une infime illustration. Des sentiers qui bifurquent. Par ici, nous allons vers Vargas Llosa (Massimo Rizzante), par là, vers Stendhal (Baptiste Arrestier), plus loin, vers Jean-Pierre Martinet (Alexandre Jordeczski) et de ce côté, vers Kazuo Ishiguro (Charles Villalon). Remarquons qu’il y a aussi dans ce jardin des sentiers faussement romanesques (Marion Messina).
Que Yannick Roy parle dans sa chronique d’un roman paru il y a huit ans (L’Homme surnuméraire, de Patrice Jean) est tout à fait dans l’ordre des choses : le calendrier atelieresque n’a rien à faire avec le temps qui coule.
Un monde plein d’étincelles pour des yeux ternis par les écrans.
L. P.
L'Atelier du Roman n° 123
Tchicaya U Tam’si – Modernité et tradition
Ce dernier numéro de l’année est consacré au poète et romancier Tchicaya U Tam’si (1931-1988). Originaire du Congo, Tchicaya est arrivé en France à l’âge de quinze ans et il y a vécu jusqu’à sa mort. Le poète Tchicaya est bien connu et reconnu en France, dans plusieurs pays africains et dans les Caraïbes. Mais avec ce numéro nous voulons surtout parler de Tchicaya romancier. Parce que ses romans sont aussi importants que sa poésie. Parce que ses romans constituent une voix unique et inimitable dans l’histoire de l’art du roman. Et parce que, écrits sur fond de l’histoire du Congo au xxe siècle, ils nous font réfléchir, comme tous les grands romans, sur l’écart entre les bonnes intentions de construire un monde meilleur, et la réalité désastreuse. Dans ce numéro, nous parlons aussi d’autres grands romanciers (Singer, Roy, Doyle, Tokarczuk), du cinéma, du tatouage et des retombées existentielles du tout numérique.
SOMMAIRE
L'Atelier du Roman n° 123
Tchicaya U Tam’si – Modernité et tradition
SOMMAIRE
Ouverture
Naissance d’un hommage à Tchicaya U Tam’si romancier, à la suite d’un
compte rendu de Marius Nguié
Landry-Wilfrid Miampika M., Tchicaya U Tam’si, arc de la poésie et du roman
Boniface Mongo-Mboussa, «Je n’écris pas : je rends conte »
Yvette Balana, Conter la déposition
Bernard Mouralis, La fin de l’histoire ou les morts sans sépulture
Myriam Olah Muanasaka, Des mots surgissant du ventre de l’Afrique
Théo Ananissoh, Quelques idées sur Tchicaya U Tam’si
Xavier Garnier, Le roman familial des « morts-vivants »
Thierry Gillybœuf, Cœlacanthe frétillant dans l’ancien ténèbre
Lakis Proguidis, Les évolués
Dates et œuvres
À la une : Olivier Maulin
Critiques
Reynald Lahanque, L’obsolescence de la vie privée: Dave Eggers
Raphaël Arteau Mcneil, Les trois mères – Une lecture de Bonheur d’occasion, de Gabrielle Roy
Filippo Vanni, Du cinéma au roman – Ils ont tous raison, de Paolo Sorrentino
Baptiste Arrestier, Les ananas de Moorea – Les Pérégrins, d’Olga Tokarczuk
Massimo Rizzante, Dieu, sexe, littérature – Sur Isaac Bashevis Singer
À la une : Trevor Cribben Merrill
De près et de loin
Anna Ayanoglou, Transfigurations
Riccardo Pineri, L’effacement du visage dans les pratiques du tatouage
Samuel Bidaud, L’écrivain contre l’écriture, ou de l’agraphophobie
À la une : Théo Ananissoh
Au fil des lectures
Marek Bieńczyk, Fumer un cigare par les temps qui courent
OUVERTURE
L'Atelier du Roman n° 123
Tchicaya U Tam’si – Modernité et tradition
Si, après les « indépendances » des années soixante, il est un écrivain dont l’œuvre illustre parfaitement la « Renaissante Afrique » que Léopold S. Senghor réclamait de toutes ses forces, c’est bien Tchicaya U Tam’si (1931-1988). Car il a su incarner le geste primordial de toute renaissance : aller se ressourcer dans le passé le plus reculé afin d’assurer un renouveau artistique et spirituel à vocation universelle. Ce qui l’a conduit au fleuve Congo et à ses peuples et tribus aux traditions séculaires.
*
Infinis remerciements à Boniface Mongo-Mboussa, fin connaisseur et défenseur infatigable de l’œuvre de Tchicaya U Tam’si. Non seulement il est à l’origine du présent hommage, mais il nous a aidés dans toutes les phases du dossier.
*
Cent vingt-deux numéros et nous n’avions parlé ni d’Isaac Bashevis Singer (Massimo Rizzante) ni de Conan Doyle (Olivier Maulin)… Mais nous reparlons ici de Gabrielle Roy (Raphaël Arteau McNeil) et d’Olga Tokarczuk (Baptiste Arrestier). La famille s’élargit.
*
« Un grand artiste est celui à qui l’obstacle sert de tremplin », disait Gide. On dirait qu’il avait en tête Tchicaya U Tam’si et ses poèmes, ses pièces de théâtre et ses romans. Dans ce numéro nous parlons surtout du Tchicaya U Tam’si romancier. Comme poète, il est connu, aimé et abondamment commenté. Il est donc temps de compléter son image. Car il est aussi un grand romancier.
*
Rien ne remplace la lecture d’un bon livre. Surtout lorsque celui-ci ouvre à d’autres lectures (Marek Bieńczyk) ou quand il nous fait connaître un pays où nous n’irons probablement jamais (Théo Ananissoh). Et ça ne coûte pas cher !
*
Ne confondons pas graphomanie, maladie commune, avec agraphophobie, maladie noble (Samuel Bidaud).
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Sous la plume de Tchicaya U Tam’si, des humiliations et des malheurs de tout un peuple et de tout un continent jaillit une humanité qu’aucun maître ne saura soumettre pour toujours.
Parfois je pense que peuple et grand poète sont des notions synonymes.
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Nos calculs ont débordé notre conception ; nous avons mangé plus que nous ne pouvons digérer. La pratique des sciences qui ont étendu les limites de l’empire de l’homme sur le monde extérieur a proportionnellement restreint, par défaut de faculté poétique, celles du monde intérieur ; et l’homme, qui a réduit les éléments en esclavage, reste lui-même un esclave.
Shelley, Défense de la poésie, 1821.
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Depuis les choses ont progressé : des esclaves sans vie privée, d’après la lecture de Reynald Lahanque du roman de Dave Eggers.
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Infinis remerciements à France Dumas pour nous avoir autorisés à reprendre son dessin de Tchicaya U Tam’si.
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Tous les chemins mènent au roman : une réflexion sur la pratique du tatouage (Riccardo Pineri), une autre sur les épigraphes (Trevor Cribben Merrill) et, évidemment, le cinéma (Filippo Vanni).
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Chers lecteurs, avez-vous jamais essayé de traduire dans notre langue les mots anglais que nous utilisons trois milles fois par jour ? (Anna Ayanoglou).
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Programme 2026 :
Mars, « Lire et relire Rabelais » – sont rassemblés les articles des participants à la IVe et dernière Rabelaisiade qui a eu lieu à Chinon les 4 et 5 octobre 2025 ;
Juin, « Pourquoi sommes-nous sans nouvelles ? (Suite sans fin) » – un an après, nous revenons au même sujet, tant il y a encore des choses à dire en faveur de la nouvelle ;
Septembre, « Alphonse Allais » – hommage à nos prédécesseurs qui ont su rire avec leur monde ;
Décembre, « Alejo Carpentier » – pour finir l’année en beauté romanesque et musicale.
L. P.